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Conseils pratiques

Sur le vélo êtes-vous plus un « absorbeur maximum » ou un « micro-ajusteur » ?

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Pour un cycliste, trouver la position optimale est essentiel pour la performance, le confort et pour la prévention des risques de blessures. Le hic, c’est qu’il n’existe pas de formule magique. Ni même, à vrai dire, de position « parfaite ». En fait, le plus souvent, il s’agit de trouver le bon équilibre. Là où la question se complique, c’est que la position importe plus pour certains cyclistes que pour d’autres.  

 

La capacité à s’adapter est l’un des traits les plus importants qui nous distingue l’un de l’autre dans notre aptitude à être performant. Tous les athlètes doivent s’adapter à l’entraînement, à des conditions données ou à une consigne ; la liste est infinie. Mais pourquoi chacun n’y parvient-il pas aussi bien ? Simplement, tout  dépend de votre sensibilité et de votre niveau d’adaptabilité ; C’est ce que Phil Burt, kinésithérapeute chez British Cycling et consultant chez Ineos (ancienne Equipe Sky) a appelé les « absorbeurs maximum » et les « micro-ajusteurs ». Phil nous explique : «  J’ai suivi des centaines et des centaines de cyclistes, et j’ai remarqué une tendance : les coureurs qui « micro-ajustaient » leur position ou étaient très sensibles à tout changement de celle-ci s’adaptaient en général le moins bien et présentaient les risques de blessure les plus élevés. À l’inverse, les coureurs qui n’avaient jamais ajusté leur position ou étaient moins sensibles aux changements dans leur position s’adaptaient sans problèmes. Les « absorbeurs maximum » présentaient un risque diminué de blessureEn résumé : la position sur le vélo est très importante pour les micro-ajusteurs ; elle l’est moins pour les absorbeurs maximum. »

 

Bien ajuster son vélo n’est pas une science exacte.

Si besoin était de le prouver, voici le cas de deux cyclistes. D’abord Geraint Thomas, qu’on ne présente plus, le vainqueur du tour de France 2018 et double médaillé d’or aux jeux Olympiques (2008 et 2012) : il y a quelques années, Geraint a couru une demi-étape du Tour de France sur un vélo de rechange qui ne lui appartenait pas. Le vélo n’était pas à la bonne taille pour Geraint mais il ne l’a même pas remarqué ! Geraint est donc un « absorbeur maximum ».À l’inverse, Ben Swift, également membre de l’équipe Ineos, qui a notamment remporté le championnat du monde sur piste de Melbourne en 2012,  est hyper sensible à tout changement dans sa position. Installez Ben sur quatre vélos réglés pareillement à un millimètre près. Sans même avoir besoin de pédaler, il vous dira lequel des vélos dispose d’une nouvelle selle. Ben est ce qu’on nomme un « micro ajusteur ». Phil Burt, dans son livre – vélo : préparation, prévention et performance. Optimisez votre position pour prévenir les risques de blessures et améliorer vos performances – (éditions Physiques performance, 2019) nous apporte des précisions : « Je connais très bien Ben Swift et Geraint Thomas. Le temps que Ben passe ailleurs que sur son vélo à se préparer et récupérer pour rester au top de sa forme est vraiment incroyable, tandis que Geraint, lui, ne s’y consacre quasiment pas. Les deux formes de graphiques ci-dessous aident, je crois, à bien comprendre pourquoi. Le triangle de Ben, avec deux côtés escarpés, a un sommet très pointu qui représente sa capacité absolue maximale à être performant. Imaginez une balle en équilibre au sommet du triangle : c’est la performance cycliste de Ben. Il faut beaucoup d’énergie pour empêcher la balle de rouler en bas d’un des deux côtés du triangle car le moindre mouvement peut justement la faire dégringoler, ce qui affecte alors sa performance ou sa capacité à éviter les blessures. L’adaptabilité de Geraint est représentée par un trapèze avec un sommet large et plat. La balle peut rouler longtemps avant que change le niveau de sa performance ou celui de ses blessures. Une position sur le vélo loin d’être optimale (un facteur de mouvement de la balle) n’est pas aussi perturbante pour lui qu’elle l’est pour Ben ».

Geraint et Ben représentent deux extrêmes du vaste éventail des cyclistes, dont la majorité, vous vous en doutez, se situe quelque part entre les deux. Mais pour chaque cycliste, découvrir sa position optimale à vélo est essentiel s’il veut être capable d’utiliser au mieux ses capacités. Pour les absorbeurs maximums comme Geraint, la fenêtre de réglage est plus large. Mais il n’aurait pas pu gagner le Tour de France sur un vélo qui ne soit pas correctement ajusté pour lui. Aujourd’hui, les cyclistes sont plus nombreux qu’ils ne l’ont jamais été depuis l’invention du vélo, il y a environ 150 ans. Et ils ont tous les âges. La popularité des événements cyclistes (les événements de masse plus que les courses à proprement parler) augmente de façon exponentielle. La gamme et les types de vélos disponibles n’ont jamais été aussi étendus. Nous n’avons jamais eu autant de possibilités pour choisir pourquoi et comment faire du vélo.

 

Un ajustement spécifique plus ou moins large selon les cyclistes et leurs objectifs

Une chose, elle, n’a pas changé : la façon de faire du vélo. Nous sommes toujours assis sur une selle, nous pédalons avec nos pieds et nous tenons le guidon avec nos mains. En apparence, rien de plus simple. Et pourtant, de ces cinq points de contact – les deux pieds, les deux mains et les fesses  – découle une infinie variété de possibilités. Comment, alors, trouver un compromis à la fois bon pour la santé et la production de puissance ? Certains cyclistes sautent sur leur vélo juste pour parcourir de faibles distances. Parfois, ils ne roulent même pas sur leur propre vélo. Ils se contentent d’ajuster la selle et tout va bien. À l’autre extrême, des cyclistes peuvent passer des heures et des heures à pédaler en se poussant jusqu’aux limites des capacités humaines. Pour ceux-là, le réglage des positions fait une grande différence en matière de sécurité, de prévention des blessures, de confort et de performance.

C’est un exercice d’équilibre entre la performance, l’aérodynamisme, le confort et la viabilité de la position. Et c’est le fondement de l’ajustement du vélo. Mais chaque pilier de cet ajustement est spécifique à chaque personne et la fenêtre d’ajustement qui en découle est plus ou moins large. Il n’y a aucun intérêt à être le coureur le plus aérodynamique dans un contre-la-montre si vous ne parvenez pas à maintenir votre position plus de 30 secondes avant de changer de position, donc de créer des turbulences et de perdre ainsi l’avantage aérodynamique, le rythme de pédalage et la puissance.

Sur un vélo, le cycliste crée une relation entre son corps, qui peut s’adapter de façon variable, et le vélo, dont l’ajustement est limité. Et c’est cette interface entre le cycliste et la machine qui est un exercice d’équilibre délicat et plus subtil pour certains cyclistes que pour d’autres comme le démontre l’exemple de Geraint Thomas (absorbeur maximum) et Ben Swift (micro-ajusteur).

 

Pour aller plus loin :

Lire le le livre de Phil Burt

Vélo : préparation, prévention et performance, éditions physiques performance, 2019

 

 


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