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Interviews

Daniel Mercier

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danielmercierPhysiques Performance part à la découverte du Québécois Daniel Mercier, coauteur du test navette avec Luc Léger, développeur du système de PROFIL pour les sportifs en sports individuels ou collectifs, également préparateur physique et entraîneur en athlétisme. Chez lui, le sport et l’activité physique constituent bien plus qu’un travail : c’est une véritable passion qui motive chacune de ses implications professionnelles et sociales.

 

 

 

-Présentez-vous en quelques mots pour ceux qui ne vous connaissent pas ?

 

Né en 1956, j’ai étudié l’Education Physique à l’université de Montréal où j’ai obtenu une maîtrise avec une spécialisation en physiologie de l’exercice, sous la direction de Luc Léger. Au cours de ce cursus, j’ai été entre-autre coauteur avec lui du test navette. Par la suite, de 1987 à 1995, j’ai été entraîneur en athlétisme, du demi-fond jusqu’au 400 mètres haies, auprès d’une quinzaine d’athlètes en Equipe Nationale du Canada, avec à la clef quelques bons résultats : plusieurs qualifications aux championnats du monde, aux Jeux Olympiques et aux championnats du monde de cross-country. En parallèle de mes activités d’entraîneur, j’ai également été formateur au Canada et en France, je donnais des conférences et formations en préparation physique. Puis, après 2000, j’ai travaillé comme préparateur physique en sport collectif et individuel en France, tout en continuant mes activités d’enseignant/formateur.

 

-Qu’est-ce qui vous a amené à vivre en France ?

 

Le hasard des rencontres m’a conduit à rester en France. Dès 2000, Georges Cazorla m’a invité à plusieurs reprises à Bordeaux sur des formations en préparation physique. Il m’a conseillé de tenter ma chance en France dans des structures professionnelles. Puis, Jean-Yves Sivy, préparateur physique en Rugby au club de Tyrosse, m’a dit que le rugby se professionnalisait de plus en plus et que je pourrai sûrement avoir des opportunités. Ses prédictions se sont avérées exactes. J’ai donc été pendant deux saisons le préparateur physique du FC Grenoble Rugby (2000-2001). J’ai adoré la région et je me suis installé dans le Vercors. J’ai ensuite continué à travailler comme préparateur physique auprès de clubs de niveau semi-professionnel et avec des sportifs confirmés ou de haut niveau (surtout en ski-alpinisme et ski de fond) par le biais de ma société Cyclide pour laquelle je m’investis pleinement depuis une petite dizaine d’années.

 

-Avez-vous gardé des liens avec le monde de l’athlétisme ?

 

Au Canada, j’avais mis en place le système « Mercier Scoring Calculator » avec des tables de comparaison de performance (courses, sauts, lancers…) qui sont semble-t-il toujours utilisées par les entraîneurs d’athlétisme. De plus, j’ai gardé des contacts avec de collègues entraîneurs ; il arrive même que certains me demandent des conseils pour orienter les programmes en fonction des profils de leurs athlètes. Et de mon côté, je m’intéresse toujours aux compétitions d’athlétisme ; je continue donc à entretenir des relations avec ce milieu.

 

– Pouvez-vous nous expliquer la place de la préparation physique dans le sport de haut niveau en France par rapport au Canada ou aux Etats-Unis ?

 

En Amérique du Nord, dans le sport de compétition, la place accordée à la préparation physique est extrêmement importante. Le Canada et les Etats-Unis ont une façon différente d’aborder la préparation physique. La plupart des préparateurs physiques travaillent en « freelance » c’est-à-dire qu’ils n’appartiennent pas à un club : ce sont les sportifs qui s’attachent leurs services. On ne fait pratiquement pas de préparation physique pendant la saison en phase de compétition. Par exemple, aux Etats-Unis, la préparation physique dans les grandes disciplines sportives collectives (Hockey sur glace, Foot US, Baseball, Basketball ou soccer) est réalisée hors saison pendant la phase de préparation. Et chaque sport a un temps de préparation (minimum 2 mois) et un temps de récupération bien plus long qu’en France. Alors que le temps de compétition est, quant à lui, beaucoup moins long (autour de 6 mois contre 9 ou 10 mois pour la France). Je ne trouve pas cela très sérieux. Je comprends les enjeux financiers, mais les footballeurs et surtout les rugbymen en France jouent beaucoup trop de matchs sur une longue période. Et on pousse les joueurs à devenir des marathoniens de leur sport. En Amérique le nombre de matchs est différent et adapté en fonction des sports et de la longueur de la saison. Donc ce qui ressort, c’est qu’il réside une grande différence au niveau de la phase de préparation. En France, la période dédiée à la préparation physique est trop courte. En Amérique, les sportifs ont vraiment du temps pour se développer physiquement et pour optimiser leur préparation. C’est pour cette raison qu’une grande majorité des athlètes professionnels paient eux-mêmes leur propre préparateur physique. Je trouve cela plutôt logique car les sportifs choisissent le préparateur avec lequel ils veulent se préparer. Athlète et préparateur physique travaillent dans un climat de confiance et de grande complicité. Ainsi, le préparateur physique peut vraiment personnaliser le plan d’entraînement physique en fonction des qualités de l’athlète. Ce n’est pas forcément le cas en France ; en sports collectifs par exemple, ce sont les clubs et les managers sportifs qui choisissent les préparateurs physiques. Qui plus est, les préparateurs physiques doivent travailler avec beaucoup de joueurs, ce qui rend difficile l’individualisation des contenus.

 

Ce constat illustre parfaitement une des grandes différences sur la place de la préparation physique et le rôle du préparateur physique entre la France et l’Amérique du Nord.

 

En France, je peux dire que depuis une bonne dizaine d’années, il y a une vraie évolution et un changement de mentalité sur la place de la préparation physique. Aujourd’hui, la plupart des clubs professionnels notamment en sports collectifs sont relativement bien organisés. Ils disposent de bonnes infrastructures avec salle de musculation et équipements pour la préparation physique. Concernant les moyens humains, ils ont très souvent 1 ou 2 préparateurs physiques à temps plein ; certains clubs en rugby ou en football ont même un staff composé de quatre ou cinq préparateurs physiques.

 

Rendez-vous compte qu’en France, si je prends seulement les cinq principaux sports collectifs, il y a au minimum 132 clubs professionnels (40 clubs en Football – Ligue 1 et 2, 30 clubs en rugby -Top 14 et Pro D2-, 34 clubs de basketball –Pro A et B et 2 x 14 clubs de handball et de Volleyball) ; ce qui représente plus de 200 préparateurs physiques salariés des clubs. Alors qu’au Canada, il y a seulement 14 clubs professionnels de Haut Niveau (7 en Hockey, 1 Baseball, 2 en Basket-ball et 4 en soccer) .

 

Donc, je ne dis pas que la France est larguée ou en retard, bien au contraire. Je pense juste qu’on investit dans le domaine de la préparation physique mais qu’on n’accorde pas forcément aux préparateurs physiques la place qu’ils méritent. C’est-à-dire, qu’ils sont bien représentés dans les clubs mais ils ne sont pas assez décisionnels, surtout qu’ils sont très souvent les seuls membres du staff à posséder des compétences en planification de l’entraînement.

 

-Comment imaginez-vous l’avenir de la préparation physique dans le sport de compétition en France ?

 

Pour moi, la première chose à faire est de réfléchir à une réforme des calendriers notamment en rugby voire en Football. L’avenir de la préparation physique en France dépend de cette réforme. En terme de spectacle, de retour sur investissement et donc de résultats économiques, je pense que les clubs auraient plus intérêt – contrairement à ce qu’ils pensent – à réduire le nombre de matchs et à mieux les vendre en remplissant à chaque fois leurs stades à des tarifs plus élevés.

 

Ainsi, ça permettrait d’augmenter les temps de récupération et de préparation avant les compétitions. Les préparateurs physiques prendraient une place prépondérante et contribueraient plus au développement physique des athlètes. En saison, dans la situation actuelle, c’est malheureux à dire, mais seuls les sportifs blessés peuvent progresser.

 

Sans une réforme complète du calendrier, le préparateur physique restera la « cinquième roue du carrosse » et les équipes de France auront des difficultés à rivaliser au niveau international comme c’est le cas actuellement en rugby.

 

Aussi, je crois qu’il est nécessaire de mieux structurer les formations qui mènent au métier de préparateur physique, en particulier au niveau de l’harmonisation des diplômes, des grilles de salaire, de la qualité de l’enseignement et des stages en situation pratique. Je ne crois pas qu’aujourd’hui les étudiants de Master soient suffisamment armés pour se revendiquer préparateur physique professionnel. Il est donc très important que tous les acteurs de la préparation physique se mettent autour d’une table et cherchent des solutions pour faire progresser la profession. Les hommes de terrain doivent se rapprocher des enseignants/chercheurs et inversement. Cela paraît utopique mais c’est une nécessité. Enfin, la création de formations privées dans ce domaine est aussi une solution à envisager avec la présence des meilleurs spécialistes mondiaux pour élargir les champs de compétences, s’ouvrir à de nouvelles méthodes et améliorer certains sujets comme la planification de l’entraînement et l’évaluation des qualités physiques.

 

-En quoi consiste votre travail, vos missions ? Décrivez, en quelques lignes, le projet sur lequel vous travaillez actuellement.

 

Je suis président concepteur chez Cyclide, dont la mission est d’offrir un système d’entraînement personnalisé. En effet, à partir de questionnaires d’estimation, de tests d’évaluation et des objectifs visés par le client, le système établit des charges d’entraînement optimales et individualisées selon l’objectif recherché. Ce système fonctionne aussi bien pour des athlètes de haut niveau, des sportifs confirmés ou en recherche de résultats, que pour des personnes actives ou sédentaires. Cyclide, par mon intermédiaire, a développé la méthodologie d’entraînement PROFILDM qui est un système d’évaluation et de prescription d’entraînement unique au monde. Pour en savoir plus, cliquez sur www.cyclide.org. Cette méthodologie d’entraînement PROFILDM a déjà fait ses preuves. A ce jour, des centaines de personnes ont déjà atteint leur objectif de santé et/ou de performance. Parmi elles, Laetitia Roux, championne du monde de ski alpinisme, ex- recordwoman du monde du kilomètre vertical.

 

Récemment, J’ai créé un site internet www.danielmercier.net avec un blog dans lequel je donne des conseils et où je présente notamment des exercices de PPG, des étirements et surtout des programmes d’entrainements qui peuvent être utilisés par des athlètes ou des pratiquants de trails et prochainement une section pour les professionnels de l’activité physique.

 

– Vous êtes une référence mondiale sur la prescription de la charge d’entraînement. Quels sont donc les principales avancées de vos travaux dans ce domaine ?

 

Jusqu’à maintenant la plupart des gens prescrivaient l’intensité de l’entraînement en fonction du pourcentage d’une qualité : par exemple, le pourcentage de VMA, le pourcentage de la fréquence cardiaque maximale, le pourcentage de vitesse ou de force maximale… mais ce n’est pas la meilleure façon de faire. Prenons un exemple : si on demande à deux personnes qui ont la même VMA de courir à 80% de leur VMA, l’une sera peut être capable de courir à cette allure pendant 4 heures alors que l’autre tiendra à peine 20 minutes. Cet exemple peut s’appliquer à n’importe quel pourcentage ou à n’importe quelle qualité. Ce n’est pas parce que deux personnes obtiennent un résultat identique sur une même qualité qu’elles doivent s’entraîner aux mêmes pourcentages de ces intensités, car elles n’ont pas forcément la même endurance de cette qualité. Pour aller plus loin sur un 800 mètres, un coureur de la spécialité peut monter jusqu’à 125 voire 130 % de sa VMA sur la distance, alors que qu’un marathonien va être capable de monter seulement jusqu’à 110 % de sa VMA sur 800 mètres. La différence est énorme. Il est très important d’avoir une connaissance de l’ensemble du profil énergétique et non pas seulement d’une seule qualité. Donc il est fondamental de définir un profil complet des qualités physiques d’un individu d’où la création du concept PROFILDM que j’ai mis sur pied avec cyclide dont vous pouvez voir la vidéo explicative en cliquant sur le lien : http://www.youtube.com/watch?v=Wx3ml5gQ5Qy

 

C’est la même chose pour la fréquence cardiaque. Très souvent, on utilise la fréquence cardiaque de repos et maximale. Mais le problème c’est que cela présuppose trois choses ; premièrement, qu’il y ait une relation linéaire entre FC et intensité, ce qui est faux pour la plupart des cas. Parfois elle est concave, parfois cette relation est convexe. Deuxièmement, cela laisserait sous-entendre qu’il n’y a pas d’inertie au système aérobie, ce qui est faux parce qu’au-delà d’une certaine intensité de la fréquence cardiaque, on ne réagit pas tout de suite pour arriver à cette fréquence cardiaque qui correspond à l’intensité ; cela prend un certain temps à cause de l’inertie (pour un effort x, cela prend environ deux minutes pour que la FC arrive à une première stabilisation). Troisièmement, prendre en considération la dérive de la Fréquence cardiaque. Donc, si on ne tient pas compte de l’ensemble de ces informations, on va prescrire des FC qui peuvent sous entraîner ou sur entraîner le sportif.

 

Ainsi, pour faire un entraînement qui développe une qualité que ce soit la force, la vitesse ou une endurance aérobie, il y a pour UN sujet, UNE intensité bien précise et maximale donc idéale. Et cette intensité n’est pas la même d’un sujet à un autre car tout le monde n’a pas les mêmes qualités. Et si on se trompe de 5% sur l’intensité optimale, on se trompe de 50% sur la difficulté (selon la cote de difficulté de 1 à 10) puis on se trompe de 500% sur le temps de récupération.

 

Pour conclure, il ne faut pas se tromper sur la prescription de l’intensité, souvent les gens parlent de volume d’entraînement ; à mon avis, le facteur clef c’est toujours l’intensité. Le volume n’est qu’une conséquence de l’intensité recherchée à l’entraînement et non pas le contraire.


-Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui voudraient travailler dans ce domaine ?

 

Je donnerais trois conseils.

 

Le premier c’est qu’il faut se jeter dans le bain assez tôt, commencer très vite par avoir une expérience pratique, ne pas se contenter de suivre des formations souvent trop théoriques.

 

Le deuxième, c’est de bien faire l’analyse de la tâche de l’activité dans laquelle on travaille. Souvent les entraîneurs ou préparateurs physiques font comme ils ont toujours fait ou vu faire, mais pas comme font les meilleurs. Les meilleurs, sans doute, se trompent moins que les autres. Pour moi le rôle du préparateur physique est de permettre que chaque athlète exprime son talent. Certains préparateurs physiques sont trop interventionnistes : parfois, juste pour se donner de l’importance, ils vont en faire beaucoup plus. Je suis convaincu qu’il faut privilégier la qualité à la quantité.

 

Enfin, le dernier conseil que je donnerais, c’est qu’il vaut mieux avoir vingt ans d’expérience que vingt fois un an d’expérience. Il y en a qui apprennent de leurs expériences, qui se posent les bonnes questions, qui cherchent à progresser et qui améliorent leur façon de faire. Et il y a ceux qui répètent toujours les mêmes choses et souvent d’ailleurs les mêmes erreurs.

 

De plus, il est très important de ne pas se limiter à la formation Universitaire. Ce n’est pas parce que tu as un diplôme que tu es compétent. Je pense que la meilleure façon de faire, c’est de ne pas hésiter à rencontrer et discuter avec des personnes qui ont des compétences que nous n’avons pas.

 

A un moment donné, je voulais améliorer mes connaissances dans le domaine du sprint. J’ai donc suivi à Boston une conférence de Loren Seagrave, un spécialiste de la vitesse. Je voulais également, en savoir plus sur ce que le Docteur Di Prampero, spécialiste de la bioénergétique, avait fait sur « ses formules ». Je suis allé à Paris où il donnait une conférence, je l’ai abordé, je me suis présenté et j’ai pu discuter pendant une heure avec lui. En outre, je voulais en savoir plus sur la musculation. J’ai donc assisté à une formation que donnait Jean-Pierre Egger et ensuite j’en ai profité pour manger avec lui.

 

Pour moi, il était essentiel de rencontrer ces trois personnes pour parfaire mes connaissances et pour pouvoir approfondir certains sujets. Je ne me suis pas contenté d’assister aux conférences. C’est important ! C’est aussi ça la formation : être capable de discuter, de trouver les personnes compétentes qui peuvent nous aider dans un domaine précis pour nous rendre meilleur.


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