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Interview Jean-Claude Perrin

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jcperrinMémoires vivantes du sport français. Son nom est directement associéau saut à la perche, une discipline dont il fut entraîneur national et artisan des carrières de Pierre Quinon et de Thierry Vigneron. Docteur en science humaine et passionné de sport, Jean-Claude a largement contribué en tant que préparateur athlétique (comme il aime se définir) au succès de l’équipe de France de coupe Davis (1991-1996) et à de nombreux titres remportés par le Paris-Saint Germain Football Club. Il nous accorde une interview exclusive dans laquelle il nous livre quelques secrets sur ses méthodes de travail.


 

– Au cours de votre parcours professionnel à haut niveau, comment êtes-vous passé du métier d’entraîneur à celui de préparateur physique ?

A l’origine j’étais enseignant titulaire en EPS major de la promotion 1961. J’enseignais au Lycée A. Camus de Bois-Colombes et parallèlement j’entraînais au Racing Club de France à la section Athlétisme que je n’ai pas quittée depuis 1960. J’ai été formé par les meilleurs maîtres de l’Ecole d’après-guerre : Joseph Maigrot, Jacques Dudal et Victor Sillon qui m’ont fait partager leur vue très engagée et futuriste sur le monde des techniques et de l’entraînement physique. Ils ont puisé, avant la 2ème guerre mondiale, leurs connaissances dans le monde des équipes de France et des pédagogies actives des méthodes naturelles.

Je me suis donc engagé pleinement dans l’entraînement en athlétisme et lorsque vous vous engagez à fond, il y a des choses qui arrivent ; pour moi, il y a eu de nombreuses rencontres… Je pense en particulier à des hommes comme Yannick Noah, Michel Denisot ou Louis Fernandez, des hommes porteurs de projets ambitieux qui m’ont demandé de les accompagner pour répondre à leur problématique liée à la condition physique de leurs athlètes. J’ai donc répondu favorablement à leurs demandes, ce qui m’a conduit à compléter mon bagage d’entraîneur en athlétisme avec celui d’entraîneur responsable de la préparation physique en tennis ou football.
Je tiens à préciser que c’est en réglant les innombrables problèmes liés au développement physique des sprinteurs, des lanceurs, des sauteurs et bien sûr des décathloniens, que comme d’autres entraîneurs d’athlétisme, je me suis forgé un savoir, une compétence que j’ai pu ensuite mettre au service d’autres disciplines. Nous « les entraîneurs d’athlétisme » étions donc des précurseurs, qui ont contribué à briser les frontières entre les disciplines et participer au brassage permanent entre les sports.

 

– Justement, quels sont les points communs entre entraineur et préparateur physique ?

Les points communs sont énormes en raison des multiples formations dispensées par les fédérations, la formation individuelle des praticiens et également les personnalités des intervenants. Le préparateur physique est donc pour moi un entraîneur à part entière avec pour mission le développement des composantes physiques et la réduction des risques de blessures. Aujourd’hui, les préparateurs physiques doivent acquérir une légitimité plus forte et être des acteurs décisionnaires au même titre que les entraîneurs.

 
– Comment maintient-on intacte la motivation d’enchaîner les saisons après toutes ces années ?

jean claude perrinIl est évident que la motivation répond à des jeux complexes et multiples : la joie d’enseigner et de transmettre, des facteurs professionnels, économiques ou financiers mais aussi des facteurs d’ordres psychologiques y compris le besoin de paraître et d’apparaître (média, télévision…). Je crois que chaque individu dispose de ses propres sources de motivations et qu’il doit puiser au plus profond de son être pour continuer à progresser quotidiennement et trouver les moyens de faire progresser les sportifs qu’il entraîne.

 

– Comment concevez-vous la mise en place d’un projet de préparation physique avec un athlète ou une équipe ? Pouvez-vous nous dévoiler vos grands principes de travail ?

Je crois tout d’abord que quel que soit votre projet, il doit reposer sur des valeurs fortes. Ces valeurs sont le noyau dur, le socle, sur lequel l’athlète ou l’équipe et les entraîneurs (dont les préparateurs physiques) s’appuient et se reposent. Les valeurs donnent du sens. Ainsi, pour devenir effectives, elles doivent pénétrer les projets et déboucher sur des actions concrètes et ne pas seulement rester au niveau des déclarations d’intention. Les valeurs n’existent qu’au travers de nos actes au quotidien…Je considère que les valeurs les plus importantes, pour obtenir des résultats, sont : le travail, la rigueur et le sens du détail. Je suis convaincu que le préparateur athlétique doit également avoir un rôle d’éducateur, il « n’est pas qu’un fabriquant de séance », il doit être le garant moral d’une certaine éthique.
Aussi, je crois que le préparateur athlétique doit être pertinent au niveau de la planification, il doit, en amont, faire un travail de réflexion et d’organisation afin de déterminer les priorités, les attentes et les besoins de ses athlètes. Cette planification doit s’inscrire dans des cycles d’entraînement précis mais elle doit également être journalière et adaptative.
Enfin, je pense qu’il faut un « but à atteindre », c’est-à-dire se fixer des objectifs précis, par exemple obtenir la médaille d’or aux Jeux Olympique ou gagner la coupe Davis et ensuite engager un processus d’entraînement en ayant toujours en tête cet objectif et tout mettre en œuvre pour l’atteindre.

 

– Quels sont les 3 conseils que vous donneriez à un préparateur physique qui souhaite se lancer dans cette profession ?

En un, le préparateur physique doit posséder une motivation à toute épreuve, il doit être en permanence « un entraîneur entraînant » avec une grande dose d’enthousiasme, de détermination et d’envie dans l’approche de son travail.
En deux, le préparateur physique ne doit jamais douter. Dans ce métier il est impératif d’avoir des convictions et une ligne directrice forte pour ne pas montrer de failles et insuffler de la confiance.
En trois, il doit être un travailleur acharné : sa devise « travailler demain plus qu’aujourd’hui », et surtout ne pas croire au génie mais au travail. Il n’y a pas de sorcier. C’est le détail qui fera la différence.

 

 

Retrouvez L’actualité sportive revue par Jean-Claude Perrin sur son blog : http://coach-perrin.blogspot.fr/


Une réponse à “Interview Jean-Claude Perrin”

  1. Alain EIDEL, KEISER dit :

    Bel article…
    Superbe JC !

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