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Interview de Terry Bourahoua le capitaine de l’équipe de France à 7

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Direction Rio avec une interview exclusive de Terry Bourahoua le capitaine de l’équipe de France de Rugby à 7

 

 

 

 

 

  • Dans quel état d’esprit êtes-vous au moment de commencer ces Jeux Olympiques à Rio ?

A l’approche des JO, je suis, comme mes camarades, bien évidemment très excité et impatient de pouvoir en découdre, de pouvoir attaquer la compétition et de m’exprimer sur le terrain car c’est là qu’on est censé performer et se faire plaisir.

 

  • Pourquoi avoir choisi de passer du Rugby à 15 au 7 ?

Très sincèrement c’est d’abord l’objectif de vivre les Jeux Olympiques, la possibilité de pouvoir être en compétition officielle à Rio. C’est un rêve de gosse qui est en train de devenir réalité ! J’avais aussi toutes les aptitudes de joueur de rugby à 7 (vitesse, fluidité, et techniques gestuelles) c’est donc naturellement que je me suis orienté vers ce sport.

 

  • Pouvez-vous nous parler de votre sport ? qu’est ce qui le différencie du rugby à 15?

Le rugby à 7 décuple les qualités du joueur de rugby, plus de ballons touchés, plus d’espace, plus de vitesse…tout y est exacerbé.  Ce sport nécessite une technique aboutie car chaque erreur se paie cash. Il faut donc être plus précis techniquement et répondre présent mentalement sur chaque phase de jeu car à 7 un placage manqué se traduit par un essai ce qui n’est pas forcément le cas à 15 où une faute peut être rattrapée par un partenaire. Pour vous aider à mieux comprendre je vais reprendre une formule de mon entraîneur Frédéric Pomarel : « le XV, c’est une course automobile qui consiste à se faufiler au milieu du trafic dans les rues de Paris en gérant les collisions. Le 7 revient à conduire en plein désert un 4×4 équipé de gros pneus et d’un gros réservoir pour de longs raids à travers les dunes… » Je trouve que cette image illustre bien la différence entre 7 et 15.

 

  • Ces Jeux de Rio, c’est la vitrine rêvée pour promouvoir le 7, non ? 

 C’est une occasion unique de mettre un coup de projecteur sur le rugby à 7 et de le faire rentrer un peu plus dans le paysage du rugby français. En plus, en ce moment, c’est la trêve en Top 14, les gens ne voient pas trop de rugby, alors c’est à notre tour d’être sur le devant de la scène. On ne va pas s’en priver ! Maintenant il faudra être performant sur le terrain pour tenter de remporter une médaille, assurer le spectacle et faire la promo de ce sport fantastique.

 

  • Au cours de cette saison olympique avez-vous le sentiment que l’équipe de France a progressé ? 

Le projet olympique a commencé il y a 6 ans et je peux vous dire que chaque saison l’équipe de France a progressé. Cette équipe qui a été la première du circuit à se professionnaliser s’est construite sur la durée. Depuis 2010, on a bien avancé avec notamment des contrats fédéraux pour les joueurs, un staff qui a gagné en expérience, nous avons aussi profité des installations de Marcoussis et de l’INSEP.  A ce jour, nous avons tenté de tout mettre en œuvre pour ne rien laisser au hasard, nous sommes très structuré, bien préparé et notre équipe est équilibré avec des éléments de talent et un excellent état d’esprit. Notre évolution se caractérise par le fait qu’aujourd’hui notre équipe est capable de battre n’importe qui même si on ne nous attend pas et que personne ne nous voit faire un résultat ici à Rio.

 

  • Quelle image véhicule cette équipe de France ? 

Le projet nous appartient, notre club c’est l’équipe de France. Ça va même encore plus loin que ça nous sommes carrément  responsable de l’image de ce sport : le rugby à 7, parce que nous sommes les pionniers, c’est un immense honneur mais c’est parfois un peu lourd à porter. Ce n’est pas comme le joueur de rugby à XV qui fait parti d’un club, on lui demande de faire son travail du mieux possible. Alors que nous on a une image à défendre et chaque tournoi c’est tout le projet de rugby à 7 qui est remis en question en cas de défaite. L’identité du rugby à 7 en France n’est pas assez forte et ancrée pour qu’on puisse ne faire que jouer, notre objectif est de faire en sorte qu’elle soit le mieux représenté en fonction de ce que nous sommes c’est-à-dire une équipe de caractère, simple dans laquelle il règne un super état d’esprit animé par une soif de victoire qui va nous porter durant ces jeux .

 

  • Quel est votre force ? 

Notre richesse vient des différentes personnalités et profils qui composent cette équipe de France.  Notre force, c’est d’être français, tout simplement. D’être capable de tout. On a tous en nous ce projet commun depuis plusieurs années. Pour beaucoup, on a connu des chemins pas toujours évidents dans le rugby. On a comme une revanche à prendre, nous devons nous nourrir de l’hostilité, de nos frustrations, de nos défaites pour être encore plus fort et créer une belle surprise.

 

  • Parlez-nous de votre préparation pour Rio ? 

On sort d’une saison mondiale avec 10 tournois du circuit (World Rugby Sevens Series), en amont de septembre à novembre 2015, nous avons effectué une phase de préparation extrêmement poussé et bien calibré à l’aide d’excellents outils comme les GPS, les chambres hypoxique et thermique par Julien Robineau, notre préparateur physique, accompagné par la cellule de recherche de la fédération et coordonné par notre entraîneur Frédéric Pomarel. Ensuite entre décembre et fin mai nous avons joué le circuit mondial, entre les tournois nous nous sommes préparés à Marcoussis et à L’INSEP. Travailler à l’INSEP nous a permis de nous immerger dans le temple français des Jeux et de s’imprégner de cette culture olympique, en allant par exemple s’entraîner avec les lutteurs. En juin et juillet, on a calqué notre préparation sur notre précédente en ajustant encore plus nos contenus et protocoles d’entraînements en fonction des données recueillis à l’automne, tout en tenant compte que nous sommes en fin de saison et qu’il faut arriver au JO avec le maximum de fraicheur.

 

  • Vous avez le brassard depuis plusieurs années. Quel genre de capitaine êtes-vous ?

Difficile de répondre à cette question ! Il faudrait demander aux autres joueurs du groupe. Je m’appuie sur les valeurs qui me caractérisent ; l’authenticité et l’honnêteté. J’essaie d’être droit, franc, de montrer l’exemple, et de donner l’envie aux autres de se dépasser. Je veux aussi transmettre ma soif de victoire et cette volonté qui m’anime d’haïr la défaite.  Aussi, je suis très attentif à ce que le groupe vive le mieux possible.

 

  • Cette saison vous n’avez pas été épargné par les blessures avez-vous une explication ?

Les blessures sont souvent multifactorielles. Il existe des facteurs prédisposant. En ce qui me concerne j’ai quelques éléments de réponse. Tout d’abord, Il faut bien prendre conscience que le niveau du rugby à 7 a énormément évolué depuis que le sport est passé Olympique ; chaque année les exigences sont de plus en plus élevées et donc le taux et la gravité des blessures augmentent… Aussi, à mes débuts, je n’étais pas connu, je pouvais m’exprimer plus librement sur le terrain, alors qu’aujourd’hui je suis dans le « viseur » de mes adversaires, je suis plus surveillé, cadenassé et ça cartonne forcément beaucoup plus, je suis donc plus exposé.  Enfin, il faut dire que je vieillis ! je me dois d’être encore plus attentif qu’avant, notamment sur les procédés de récupération, la diététique, la préparation aujourd’hui j’insiste beaucoup plus sur le travail préventif ; la « prehab » avec des exercices de renforcement ciblé avec élastiques. Je me suis mis aussi au Yoga, je vais régulièrement à Ashtanga Yoga dans le 11ième arrondissement de Paris car je suis convaincu qu’il est important de mobiliser le corps différemment. La pratique du Yoga est complémentaire à tout ce que je fais pour le 7, elle m’aide physiquement et mentalement à durer et à préserver mon intégrité physique, je tiens à préciser que c’est une démarche personnelle.

 

  • Une place sur le podium des JO est-elle envisageable au vu de la terrible concurrence ?

Ce tournoi Olympique est un formidable moteur, ça attise le besoin de faire plus et mieux. L’idée d’écrire l’histoire est quelque chose de vraiment spécial à mes yeux. Alors bien évidemment notre objectif est la médaille d’or. On ne va pas se mentir, nous savons que ce sera très dur de l’atteindre car nous ne sommes qu’outsider, derrière les grands favoris que sont ; les All-blacks, les Sud-Africains et les  Fidjiens. Mais on sait que souvent dans ces rendez-vous-là, ce n’est pas toujours le favori qui gagne. Prenons les trois derniers tournois du World Rugby Sevens Series ;  le Kenya s’est imposé à Singapour, les Samoan ont gagné à Paris et les écossais à Londres. Ces trois équipes n’étaient pas favorites. Elles ont pourtant réussi à déjouer les diagnostics, alors pour ce tournoi olympique nous avons toutes nos chances. D’autant que cette année nous avons réussi à nous imposer face aux Néo-zélandais et face aux Fidjiens, j’espère que nous serons le meilleur outsider et que dans l’adversité nous arriverons à nous  transcender, que nous créerons l’exploit ! Je crois en cette équipe de France, elle peut faire le hold-up du siècle, elle en a les moyens.


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